Avez-vous déjà éprouvé un sentiment d’incompétence lors d’une conversation avec quelqu’un? Comme si la personne avec qui vous échangiez jugeait la façon dont vous parliez ou vos choix de mots? Comme si elle évaluait la qualité de votre parler comme étant inférieur à  celui de vos proches, de vos amies ou de vos collègues? Si oui, vous souffrez probablement d’insécurité linguistique. Mais, ne vous inquiétez pas! Vous n’êtes pas les premiers à ressentir une certaine médiocrité envers vos capacités langagières et, surtout, vous n’êtes pas seul. Moi aussi, je souffre d’insécurité linguistique. Je le vis chaque jour et je n’ai pas peur de l’avouer. Voici mon histoire…

Même si ma langue maternelle est le français, je proviens d’une région de l’Est ontarien où le français est langue minoritaire et où l’anglais est, du coup, majoritaire. Ceci fait en sorte que mon accent, mes prononciations et mes articulations, tout comme mon dialecte, sont différents de la norme en raison de la dominance de l’anglais dans ma communauté et dans ma famille exogame. Croyez-le où non, le fait de parler provoque une gêne et un inconfort chez moi, puisque je juge mon idiolecte “inférieur” à la norme linguistique.

Il est évident que je souffre d’insécurité linguistique, et ce, en raison d’un manque de confiance, de pratique et de renforcement positif dans mes contextes familial, social et scolaire. En effet, ces conséquences sont négatives face à la perception de ma langue et sont aussi en fonction de mon estime personnelle je m’abaisse constamment. Croyez-moi, j’ai beaucoup à en dire, mais, parfois je me réduis au silence à cause de ces sentiments d’incompétences et de jugements. Ceci est un problème très personnel et intime. Mais, dans ce cas-ci, c’est facile de m’exprimer dans un blogue puisque vous ne pouvez pas entendre mon accent et vos perceptions sur mes compétences en français se font qu’à l’écrit. Ce que vous ne savez pas de moi, c’est que j’ai une spécialisation en études françaises. En effet, je parle le français depuis 22 ans, et ce, quotidiennement. Je ressens la crainte de parler en public à cause d’expériences vécues… Par exemple: les commentaires que les gens font par rapport à ma façon de parler ou bien, lorsque mes amis et collègues complètent mes phrases quand j’hésite.

De plus, il existe une insécurité identitaire qui va de main en main avec l’insécurité linguistique. Dans le cas des Franco-ontariens, le problème est qu’on veut toujours se rapprocher le plus du français standard. Il y a très peu de place aux variétés linguistiques. Donc, si vous êtes comme moi et que vous avez un idiolecte particulier et hors-norme par rapport au français standard, il est normal de se sentir troublé par rapport à nos différences linguistiques. (Ajoutons que la situation minoritaire de plusieurs Franco-canadiens ne favorise pas une confiance linguistique et identitaire).
Il faut arrêter de se juger, mais plutôt accepter la façon dont on parle et célébrer nos accents! Parler français dans une région où cette langue est minoritaire est une grande richesse ! Être Franco-ontarien devrait être une fierté. Ça ne veut pas dire que je suis moins compétente puisque je ne roule pas me “rrrrr” comme vous. Je suis fière de ma langue, mais je pense qu’il est dommage qu’il existe des centaines de personnes comme moi qui se sentent incapables de “bien parler”, et ce, peu importe la langue employée. Ensemble, combattons l’insécurité linguistique. Informons-nous sur les variétés linguistiques et encourageons les accents et les régionalismes! Je fais surtout appel aux enseignants et enseignantes…  il est indispensable de ne pas nuire à la perception du français chez  les élèves, car c’est à ce stade du développement qu’ils apprennent à se définir en tant que citoyen et que se forme leur pensée critique.

La troupe Improtéine standardise l’accent franco-ontarien https://www.youtube.com/watch?v=2Uj_p2kNzI8